A vos fourchettes, prêts, dégustez!

Dimanche soir, 20h18. J’ouvre mon frigo en quête plus ou moins désespérée d’un repas digne de ce nom. Une tomate se bat en duel avec un demi citron en voie de décomposition. Rien de satisfaisant de ce côté là… Dans le placard, posé juste à côté de mon fidèle et indéfectible pot de Nutella, un fond de pâtes Barilla me fait de l’œil. Pâtes natures. Voilà un très bon programme en perspective ! Je m’empresse de mettre de l’eau à bouillir. Quoique… Et si Mac Do était encore ouvert ?

Qui, chers lecteurs, peut affirmer ne jamais s’être fait prendre de court par ses nécessités alimentaires, et ne pas avoir cédé à la solution de facilité: bon vieux bigmac, frite et coca light – il faut tout de même se donner bonne conscience – ? Bien peu de gens je le crains…

La mondialisation semble conduire à un rapprochement chaque jour plus important des continents et se manifeste par un accroissement des échanges en tous genre, des flux interconnectés, mais également par le développement de produits standardisés. Ces phénomènes semblent conduire progressivement à une mondialisation des modes de vies et des habitudes.

Dans ce cadre, le domaine alimentaire apparaît comme un des premiers secteurs touchés par ce phénomène. Prenons un exemple historique: OUI, des produits constituant aujourd’hui la base de l’alimentation européenne, comme la tomate ou la pomme de terre, ont en fait été rapportés en Europe lors des Grandes Découvertes au 15/16ème siècle. Dans cette mondialisation, au delà des produits, il faut évidemment intégrer les mouvements migratoires humains et donc la mise en contact de systèmes alimentaires différents.

Mais peut on pour autant vraiment parler d’un processus de macdonalisation du monde [Ritzer, 1993]?

Non, loin de là.

L’alimentation reste aujourd’hui encore et toujours un porteur d’identité. Ce que je mange reflète d’abord souvent le milieu social dont je suis issu et l’éducation que j’ai reçue. Mon alimentation est porteuse d’indications sur mon âge, mes contraintes quotidiennes…

Au delà d’une identité propre à un individu , les modes d’alimentations continuent également d’être support d’une culture nationale, régionale ou locale, puisqu’ils regroupent des savoirs, des croyances, et des représentations symboliques. Malgré la globalisation de l’offre alimentaire, nous restons bel et bien attachés à nos propres traditions. Les firmes multinationales doivent donc faire un effort d’adaptation pour répondre à une demande différenciée. Et, quand bien même nous consommons sushis, nouilles sautées ou autres fruits exotiques, nous nous les approprions aussi dans notre manière de les préparer, de les manger, ou de les concevoir, en fonction de nos structures culinaires et de nos goûts nationaux [Régnier, 2004].

Il y a donc une véritable prégnance de cultures culinaires différenciées à travers le monde aujourd’hui. Plus encore, on peut parler depuis les années 1980 d’un véritable retour en force des identités locales et d’une volonté de faire reconnaître et apprécier un terroir et un savoir faire mis en porte à faux aujourd’hui par l’afflux continuel de  nouveaux produits, mais  aussi dès le début du XXème siècle par cet attrait pour « l’exotisme » né à travers la colonisation. La globalisation peut ainsi aller dans le sens d’un renforcement de l’ancrage dans le local [Appaduraï, 2001].

L’alimentation apparaît donc finalement comme un enjeu actuel, au cœur de notre identité, aussi bien individuelle que collective, conservant toujours, malgré un phénomène de mondialisation et de standardisation, des spécificités locales, régionales, nationales . C’est sur cette idée que nous avons décidé de lancer notre projet!

Alors, sans plus attendre, on vous dévoile la recette :

  1. Prenez 5 joyeux étudiants aux  yeux et aux papilles facilement émerveillés
  2. Faites les partir un an aux quatre coins du globe
  3. Mélangez vigoureusement jusqu’à l’obtention d’une idée directrice satisfaisante
  4. Laissez mijoter, pendant qu’ils tentent, dans chaque pays où ils vont séjourner, de comprendre le rapport qu’ont les personnes/habitants à l’alimentation, et ce de la production à la consommation.
  5. Ajoutez-y une analyse des achats, de la cuisine, des  repas dans chacun de ces pays, tout en essayant de prendre en compte au maximum les variations entre régions, classes sociales, communautés et minorités au sein des populations locales… Les 5 étudiants gardant toujours en tête que toute tradition -ici culinaire- reste une construction sociale et qu’elle est de ce fait en constante recomposition.
  6. Laissez affiner plusieurs mois afin de favoriser des conclusions les plus proches de la réalité possible et les comparaisons les plus pertinentes possibles.
  7. Ne pas oublier durant toute la préparation de rencontrer, échanger, s’intéresser à la culture de l’autre, questionner et comparer.
  8. Servir sur différents supports : blog, réseaux sociaux, magazine, conférences.

A vos fourchettes, prêts, dégustez!unnamed (1)