Rencontre avec Reginaldo, Maya Itza du Petén. >>Du délitement d’une subculture indigène à son renouvellement par l’innovation agricole…

Voyager au Guatemala pendant 10 jours a été l’occasion de partir à la découverte du pays foyer de la civilisation maya en Amérique centrale, voir comment celle ci regorge de subcultures,  d’identités et langues indigènes diverses et dans un niveau de conservation très variable.

Dans le nord du Guatemala, en restant par erreur plus qu’autre chose dans la ville de Flores, nous avons eu la chance qu’un local, Miguel, nous a amené en lancha aka petite embarcation à moteur jusqu’à San José, village sur la rive opposé du lac Peten Itza, et nous a offert l’opportunité de rencontrer un indigène activiste de la communauté Maya Itza, ayant créé l’association BioItza, école de diffusion et conservation de la culture et langue Itza, également porteuse de projets de terrain dans les thèmes de la conservation.

18192418_1319692334734265_180608681970348140_o

Aujourd’hui, on vous offre donc un zoom sur la civilisation maya, son rapport à la nature et l’alimentation. quels enseignements en tirer? quels techniques reprendre parmis ces traditions? quels parallèles faire avec des systèmes en développement aujourd’hui? Autant de questions qui vont guider notre réflexion à travers cette article!

Avant toute chose, petit rappel sur la civilisation maya basé sur une combinaison d’extraits d’un article d’Henri Lehmann, « L’aire mésoaméricaine », dans Les civilisations précolombiennes : “Un célèbre archéologue a dit des Maya qu’ils furent les Grecs du Nouveau Monde. La civilisation maya fut en effet la plus prestigieuse de toutes celles de l’Amérique moyenne [ou mésoamérique]. Les langues mayas, au nombre d’une vingtaine, sont souvent toujours parlées dans toutes ces régions. Ces territoires mésoaméricains sont peuplés depuis environ cinq mille ans, encore que l’histoire des Maya ne commence qu’environ 2 000 ans avant notre ère. On désigne leurs prédécesseurs sous le nom de Pré-Mayas.

A noter: c’est à ses manifestations culturelles que la civilisation maya doit son prestige. Les Maya avaient [effectivement] élaboré un système hiéroglyphique très complexe. Des murs entiers, toutes les stèles et les trois manuscrits qui ont échappé à la destruction sont couverts d’hiéroglyphes […] dont aujourd’hui environ 60 % des signes sont déchiffrés. L’architecture est également un des traits remarquables de la civilisation maya: les temples (construits sur une base pyramidale) et les palais (constructions rectangulaires). L’extinction de cette civilisation maya à la fin du Xème siècle reste souvent inexpliquée, mais pourrait être comme, on va le voir, liée à l’utilisation de certaines techniques agricoles détruisant les sols.

Après cette petite introduction théorique, retour sur  notre rencontre avec un Maya Itza! Comme je vous le racontais au dessus, nous avons pu rencontrer Reginaldo, fondateur de l’école BioItza, et son fils, gestionnaire des projets de conservation et des volontariats au sein de l’asso. Ce qui surgit d’abord naturellement de la discussion quand on oriente les questions sur les traditions indigènes locales et mayas en général, c’est cet attachement, cette espèce de connexion, de lien privilégié avec la nature. Comme une forme de dépendance et de ce fait, de respect envers la terre et ses produits. La forêt est en effet la source première de nourriture et de remèdes médicinaux: les mayas, notamment avant leur sédentarisation pendant la période classique, vivent quasi exclusivement de cueillette et de chasse. La forêt est également source de remèdes puisqu’on utilise une médecine ancestrale naturelle, à base de racinse, feuilles et différents extraits de plantes. En essayant de creuser un peu plus ce thème et plus spécifiquement les modes de subsistance alimentaire des mayas en lien avec la nature, je me suis vite rendue compte qu’il est très difficile de trouver des informations précises sur les formes et méthodes d’agriculture qui étaient utilisées à l’époque.

Reginaldo, lui, nous explique que les Mayas se basaient énormément sur l’astrologie et les cycles lunaires pour organiser leur calendrier agricole. D’ailleurs on peut noter que cette importance de l’observation des étoiles ne concernait pas seulement le domaine agricole, mais influait sur l’ensemble des sphères vitales. Les Mayas, et les religieux montaient donc régulièrement sur les différentes plateformes présentes sur leurs pyramides afin d’observer le ciel et les mouvements des astres. Par ailleurs, Henri Lehmann parle dans son article de “culture sur brulis”, spécifiquement utilisé par les Mayas. “On défrichait les parcelles de forêt qu’on se proposait de semer puis on les débroussaillait par le feu, puis, sans engrais aucun, on déposait les graines dans des trous creusés au moyen d’un bâton pointu. On cultivait surtout le maïs, mais également le coton et une espèce d’agave à fibres textiles (hennequen)”.

Au niveau du contenu de l’assiette, le magazine L’Histoire relève qu’à l’époque classique, donc période d’apogée de la civilisation maya, “l’économie est florissante, les ressources naturelles abondantes et l’alimentation variée”. Cela se ressent dans les produits utilisés dans la cuisine, allant “des haricots rouges, des courges, des piments, jusqu’aux tubercules avec les patates douces, le yucca et le manioc”. Certaines graines conservent néanmoins un statut particulier.

  • d’abord le maïs, qui constitue la base de l’alimentation maya. Il va jusqu’à apparaître dans les croyances mayas comme une divinité. En effet, “Selon les textes sacrés du Popol Vuh, l’homme maya a été créé et modelé dans la pâte de maïs, véritable matière originelle comme l’eau, la terre et le sang. (plus loin,) dans les représentations artistiques, peintures murales ou fresques, la plante prend l’apparence d’un être divin, Yum Kaax (dieu de l’agriculture et du maïs). Sur une fresque de Palenque, on peut voir des personnages de haut rang portant des coiffes impressionnantes où figurent des épis de maïs”. Cela explique aussi la permanence du maïs comme “produit alimentaire de première consommation en Amérique centrale aujourd’hui.
  • Autre graine de première importance: les fèves de cacao (cacaw en maya), utilisées dans presques toutes les transactions commerciales comme monnaie d’échange. La boisson cacaotée que l’on connait aujourd’hui est d’ailleurs dite provenir de la civilisation maya, on restera néanmoins balancés sur cette question puisque de récentes études archéologiques semblent établir les origines du cacao au Costa Rica. Toujours est il que cette boisson “est cuisinée à partir de poudre obtenue après avoir fait sécher et griller les fèves. Les Mayas y ajoutent de la farine de maïs, des piments, de la pâte d’achiote (ou roucou, aux fruits rouges à épines remplis de graines), de la vanille ou du miel. Boisson cérémonielle, elle est réservée à l’élite.”
  • dernière graine pour le fun: on a pu goûté en étant dans la région du Petén le “ramon”, graine brune à partir de laquelle se dérive différents types de produits: du “café”, à la farine en passant par les biscuits. Un goût torréfié fort intéressant ma foi et surtout une culture et des pratiques ancestrales qui se conservent par l’action notamment d’une coopérative de femmes entre Flores et Tikal.

Pour autant, un bon nombre de ces traditions sont en train de se perdre chez les mayas Itzas. En effet, Reginaldo nous explique que le dialecte itza qui était parlé à San José, au sein du village, ne persiste plus qu’à travers une vingtaine de personnes, plutôt âgées et que les jeunes générations non seulement ne parlent pas la langue indigène locale, mais plus globalement, ne vouent pas d’intérêt à l’idée d’apprendre de cette langue, culture. Double impact: à travers cette perte culturelle, c’est également une perte du lien privilégié à la nature dont on parlait plus haut qui est engendrée, perte qui est synonyme d’une valoration désormais moindre de la forêt et du patrimoine naturel qui les entourent, et donc d’une conservation plus difficile de la réserve de biodiversité maya dans laquelle ils vivent.

Cela s’explique selon moi surtout par l’ouverture progressive de ces régions aux échanges nationaux et internationaux (notamment par le tourisme), mais pas seulement. Par exemple,  certaines populations du Sud du Guatemala sont beaucoup plus exposées que la communauté de San José au tourisme autour du lac d’Atitlan, mais pour autant  conservent leur langue et des traditions très visibles.

Cette ouverture, elle contraint aussi à l’intégration dans le modèle économique en place et la nécessité de ne plus vraiment vivre de manière autosuffisante, mais plutôt de créer une nouvelle dépendance envers l’arrivant. Cela mène donc à une modification parfois radicale des pratiques. Avec l’arrivée d’entreprises internationales, en ce qui concerne le milieu agricole notamment, le fils de Reginaldo, Aderito, nous explique que l’utilisation des pesticides est en train de se généraliser du fait d’une plus grande facilité de cultivation pour le paysan et d’une méconnaissance des conséquences écologiques qui y sont liées.

Malgré un bilan qui semble bien sombre, Reginaldo et son fils nous soulignent que tout espoir n’est pas perdu. Eux-mêmes font partie des leaders d’initiatives qui vont dans le sens de la restauration de leur culture Itza. Reginaldo s’est notamment battu dans les années 80 et 90 pour la conservation de la langue Itza qui restait sans documentation et systématisation, puisque de tradition orale. Elle était normalement transmise de génération en génération par la parole. Or, les nouvelles générations manquant rentrant de moins en moins dans ce schéma d’apprentissage “intégré”, Reginaldo avec d’autres activistes locaux, et à travers un travail de lobbying constant auprès des autorités publiques, est parvenu à obtenir un budget de plusieurs millions de dollars, et la venue d’un groupe de linguiste pour documenter la langue et lui redonner une forme d’écriture qui s’était sans doute délitée au fil des ans. La coopération dont fait preuve le gouvernement guatémaltèque reste malgré tout fortement critiquable, étant donné la permanence de niveaux élevés de corruption à tous niveaux. En parallèle, Reginaldo a également créé l’association bioitza, qui vise d’une part à enseigner les langue, culture et traditions mayas à ses élèves (aussi bien nationaux qu’internationaux), et d’autre part, et d’autre part, dans une dimension plus environnementale, à restaurer ce lien humains/natures à travers des sorties de terrain dans la forêt avec les enfants, dans le but de leur (ré)apprendre les différentes espèces et leur caractéristiques, les plantes sources d’alimentation ou de médecine traditionnelle. L’association mène aussi, en s’appuyant sur des volontaires internationaux, un programme de reforestation de certaines parcelles et/ou de mise en place de l’agroforesterie sur d’autres parcelles antérieurement boisées.  

Bref, que retenir? à travers cette rencontre c’est la découverte culturelle d’une population indigène en difficulté pour conserver ses traditions et sa langue que je voulais souligner. Plus loin, mon idée était aussi de mettre en valeur la connexion homme/nature qui fait la particularité des mayas. Peut être serait-il intéressant d’intégrer certaines de leurs pratiques dans nos modes de vie et d’alimentation actuelle: retourner à la terre, explorer les forêts et se rendre compte de la richesse alimentaire et médicinale qu’elles nous offre, et de l’importance de leur conservation.

De manière plus globale, étudier en détail l’agriculture maya et son fonctionnement serait peut être un moyen d’impulser une transition de modèle d’exploitation agricole vers des pratiques plus en symbiose avec la nature et le “cosmos mayas”. De fait, et pour se donner un peu de motivations après un diagnostic assez lourd, il existe un modèle qui pourrait bien d’une certaine manière être héritier de l’agriculture maya: celui de l’agriculture biodynamique (ABD). Fondée par l’anthroposophe Rudolf Steiner en 1924, « L’agriculture biodynamique est une agriculture assurant la santé du sol et des plantes pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux Hommes. Elle se base sur une profonde compréhension des lois du « vivant » acquise par une vision qualitative/globale de la nature. Elle considère que la nature est actuellement tellement dégradée qu’elle n’est plus capable de se guérir elle-même et qu’il est nécessaire de redonner au sol sa vitalité féconde indispensable à la santé des plantes, des animaux et des Hommes grâce à des procédés  thérapeutiques ». explique Jean-Michel Florin, coordinateur du Mouvement ABD. Celui ci intègre donc des conceptions et pratiques spécifiques, notamment celle de la ferme comme un organisme agricole intégrant flore et faune sauvage et reconstituant un paysage diversifié, ou encore la prise en compte des influences cosmiques (lune, soleil, planètes…). Le sol devient le composant le plus important dans ce type d’agriculture, en effet c’est sur lui que toute la vie sur terre dépend. A vrai dire, c’est même sur le premier mètre de terre que tout dépend. Ce premier mètre de terre riche en humus a mis des milliers d’années pour avoir une activité microbiologique aussi importante et une microfaune aussi abondante.

demeter 2

Par ailleurs, la biodynamie va au-delà du champ, et implique également un modèle global: l’ouverture de “nouvelles perspectives sociales sur les fermes”, à travers un lien producteur consommateur renforcé, et  un lien “citoyen-terre” plus fort (partenariat ville campagne).

En se basant sur les rythmes cosmiques et un “calendrier des semis biodynamiques” développé par la chercheuse Maria Thun, l’agriculture biodynamique se rapproche bien d’une certaine manière des pratiques mayas. Héritière assumée ou fantasmée? l’histoire ne le dit pas.

Toujours est-il que si, comme moi, cette forme de culture et plus globalement ce mode de pensée vous interpelle, mettez vous à la recherche du label Demeter sur vos produits en grandes surfaces ou épicerie!

>>>C’est peut être le moment de changer de comportement de consommateur et de se mettre à parler Itza en faisant une danse de célébration pour Yum Kaax -le dieu du maïs-, vous croyez pas?

demeter

Plus d’infos sur BioItza et la Biodynamie:

Sources;

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s