La“healthy food”: simple tendance ou véritable culture aux USA ?

Dans un pays où la consommation industrielle de masse a longtemps été la norme, il semblerait que les pratiques évoluent. Les américains tendent à changer leurs habitudes alimentaires et à faire plus attention à ce qu’ils mettent dans leurs assiettes. Parallèlement, une véritable industrie de la “healthy food” se constitue aux Etats-Unis.

Depuis les trente dernières années, de nouvelles tendances alimentaires ont émergé aux Etats-Unis : veggie, vegan, paléo, toutes sortes de nouveaux régimes qui se veulent “plus sains” et plus “éco-friendly”. Comment expliquer alors que ces tendances se développent, et pire, font des ravages dans le pays du burger-frites ?Veggie-Burger

Commençons d’abord par faire le point sur ces multiples modes de consommation. Le végétarisme est un régime excluant les aliments d’origine animale (viande, poissons, fruits de mer). Il se décline en végétalisme qui rejette en outre les sous-produits animaux (lait, oeufs, beurre). Le véganisme est quant à lui davantage un mode de vie. Il rejette l’exploitation animale, du point de vue de son régime alimentaire (comme les végétaliens), mais aussi du point de vue de son style de vie (refus de porter de la laine, du cuir,…). Enfin, le régime paléo s’inspire du régime de nos ancêtres du Paléolithique, qui selon le Docteur Eaton (anthropologue américain et créateur du régime) serait celui de l’alimentation idéale pour la santé. Il implique une alimentation riche en viande blanche, fruits, légumes et noix, mais pas de céréales (blé, seigle…), ni de sucre et produits laitiers.

Selon Sociologie de l’alimentation*, l’ensemble de ces régimes restrictifs sont des “pratiques volontaires d’abstinences”. Les végétariens n’excluent pas la viande pour des raisons économiques (pauvreté) ou agricoles (disette, rareté du bétail). Il faut voir ça comme un phénomène social et culturel, qui révèle des différenciations sociales importantes. Pour Ouedraogo, le végétarisme reste en effet l’apanage des classes moyennes et supérieurs dans les pays occidentaux [Ouedraogo, 2005].

Si la grande majorité des américains adeptes de ces régimes le font par conviction, il faut savoir que la hausse des intolérances et allergies alimentaires dans la population a contraint certains à devoir adapter leur alimentation et à bannir certains produits tels que le gluten, le lactose, ou les oeufs. Selon certains chercheurs, cette hausse serait due à l’évolution de la composition des produits dans l’industrie alimentaire. Par exemple, le pain est de plus en plus fabriqué à partir d’une farine sélectionnée et enrichie en gluten, qui permet de mieux faire lever la pâte. Par conséquent, sa surconsommation peut entraîner indigestion et intolérance. Ce genre de pain étant consommé massivement aux Etats-Unis (pain à burger, pain de mie, pain brioché, etc.), cela peut expliquer l’augmentation par quatre des intolérances au gluten depuis cinquante ans.

Par ailleurs, ces nouveaux modes de consommation se développent aussi en réaction à la société de consommation de masse et aux déboires de l’industrie alimentaire. Face à la malbouffe, on veut consommer sain, naturel, et si possible local. De plus en plus de consommateurs adaptent leurs habitudes alimentaires et se tournent vers la nourriture d’origine biologique. Cette tendance est très forte aux Etats-Unis où 45% des américains disent inclure des aliments d’origine biologique dans leur alimentation [Institut Gallup 2014]. Et cela est encore plus marqué chez les jeunes (53%).

Outre l’origine des produits alimentaires, les américains sont également soucieux d’un traitement éthique des animaux. La consommation de viande et de produits laitiers a nettement diminué ces dernières années aux Etats-Unis. Entre 2005 et 2015, la consommation annuelle de viande aurait chuté de 15% selon le Ministère de l’Agriculture américain (USDA). Quant à la consommation de lait, elle a connu une baisse constante de 25% par habitant depuis le milieu des années 1970 [chiffres objectifeco.com]. En cause ? Les alternatives toujours plus nombreuses à ces aliments que ce soit pour la viande (steak de soja, tofu) ou pour le lait (lait de soja, d’amande, de coco). Si le nombre de végétariens et vegan dans le pays reste relativement faible (5% des américains sont végétariens et 2,5% sont vegan), un tiers des américains mangeraient des repas végétariens occasionnellement. Certains se revendiquent même “flexitarians”, sorte de végétariens plus flexibles sur la consommation de viande.

Ces nouveaux modes de consommation Salad-Bar1des américains poussent alors l’industrie alimentaire à s’adapter. On note tout d’abord une évolution au niveau de la restauration. Presque tous les restaurants américains proposent aujourd’hui des options végétariennes et/ou vegan dans leur menu. De même, des restaurants 100% veggie et 100% vegan se développent, et les salads bars séduisent les travailleurs qui sont pressés à l’heure du lunch.

whole-foods11-e1488909345253.jpgLes industriels suivent également la tendance en développant des produits bio, vegan, ou encore sans conservateurs ni OGM. L’industrie du bio est en plein essor dans le pays. Dans 75% des supermarchés classiques, on trouve un ou plusieurs rayons bio. Du côté des magasins bios, on trouve 20 000 enseignes existantes aux Etats-Unis. Parmi elles, deux chaînes dominent : Whole Food et Trader Joe’s. Cela fait des Etats-Unis le premier marché de la consommation de bio au monde avec 44% du marché mondial**.

Vente-de-produits-bio-aux-Etats-Unis

Source graphique : Michel Knittel et BioLinéaires** 

L’industrie américaine s’adapte donc à ces nouveaux modes de consommation qui viennent bouleverser la société de consommation traditionnelle américaine, telle qu’on la connait. Pire, elle pousse encore davantage au changement, en introduisant de nouveaux produits sur le marché, toujours  plus novateurs : chips de kale, pâtes de quinoa, smoothie vert, etc.. Le manger sain est devenu un véritable mode de vie aux Etats-Unis, une sorte de nouvelle culture qui rivalise avec celle du fastfood. De plus, cette culture est alimentée par de nombreuses célébrités américaines qui vantent leurs régimes alimentaires sur les réseaux sociaux et blogs.

Toutefois, le nouveau secrétaire à l’Agriculture de l’Administration Donald Trump affiche clairement son soutien aux OGM et aux pesticides, suscitant des questions sur le développement de la politique alimentaire du pays.

*Sociologie de l’alimentation, édition La Découverte, par Faustine Régnier, Anne Lhuissier et Séverine Gojard

**Chiffres de Michel Knittel dans son article “La distribution des produits naturels et bio aux Etats-Unis”, janvier 2017

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Sources : Faustine Régnier, Anne Lhuissier, Séverine Gojard, Sociologie de l’alimentation, Paris, La Découverte, « Repères », 2009.

Michel Knittel, “La distribution des produits naturels et bio aux Etats-Unis”, janvier 2017 => http://www.natexbio.com/distribution-produits-naturels-bio-aux-etats-unis/

https://news.therawfoodworld.com/16-million-people-us-now-vegan-vegetarian/

http://www.objectifeco.com/entreprendre/tendances-sectorielles/les-americains-commencent-a-changer-leur-maniere-de-manger-c-est-la-revolution.html

 

AUBERGINIAT

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