Vins d’Afrique du Sud : la bonne espérance ?

Vins d’Afrique du Sud : la bonne espérance ?

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Source : http://www.dico-du-vin.com

Dans le pays Arc-en-ciel, il est peut-être une palette de couleurs que l’on apprécie un plus que les autres : celle robes rouges, blanches et autres rosées des vins du Western Cape, la mythique province sud du pays. Car on ne le sait que parfois peu en Europe, mais l’Afrique du Sud est aujourd’hui le 9ème producteur de vin au monde, et le premier du continent africain avec pas moins de 102 000 hectares de vignes. Petit voyage au cœur de vignobles implantés aux pieds de paysages somptueux et d’une industrie viticole en pleine explosion.

Un verre d’histoire pour commencer, car la naissance et le développement des racines des vignobles sud-africain se confondent étroitement avec celles du pays et de son histoire. C’est en 1659 que Jan van Riebeeck, fondateur hollandais de la ville de Cape Town, plante le premier pied de vigne sud-africain. Ce vin devait alors servir à améliorer le quotidien des colons envoyés par la Compagnie Hollandaise des Indes pour développer ce tout nouveau point d’alimentation du Cap. En 1688, le développement du vignoble sud-africain est accéléré par l’arrivée de 200 huguenots, chassés de France par les guerres de religion. Ces derniers vont ainsi permettre une première professionnalisation de la culture viticole sud-africaine, notamment grâce à l’apport de nouvelles techniques de vinifications européennes. Au XVIIIème siècle, le « vin de Constance » est devenu l’un des plus réputés au monde, consommé en Europe et aux Amériques. Au XIXème siècle cependant, les blocus provoqués par les guerres européennes ainsi que les épidémies de phylloxéra et de mildiou qui déciment les vignobles marquent un coup d’arrêt à la production.

En 1918, l’histoire viticole du pays connait pourtant un tournant majeur lorsque les vignerons du Cap se rassemblent au sein de la Kooperatieve Wijnbouwers Vereiniging (KWV). C’est cette coopérative qui va progressivement fixer prix et quotas, puis définir les critères qualitatifs qui permettront la naissance des vins réputés du pays. En 1925, le fameux pinotage, mélange de cinsault et pinot noir que certains n’hésitent pas à qualifier de « Tour Effeil des vins Sud-Africains », est inventé dans les vignobles du Cap. Nouveau coup dur pour l’industrie du vin, les blocus imposés à l’Afrique du Sud pendant l’apartheid privent cependant de débouchés commerciaux les vignerons du pays jusque dans les années 1990.

D’ailleurs, les exploitants viticoles sud-africaines ne manquent pas de participer dans leurs propriétés à la ségrégation raciale. Les propriétaires des vignobles, blancs, payaient ainsi en partie leurs ouvriers, noirs, en bouteille de vin, pratique connue sous le nom de « dop system ». En conséquence, un grand nombre de syndromes d’alcoolisation fœtale chez leurs enfants, et des désordres importants dans les communautés d’ouvriers viticoles. Aujourd’hui encore, et malgré les nombreux projets d’émancipation économique des communautés noires et de couleur, auxquelles ont adhéré les grandes structures telles que KWW, 2% seulement des vignobles appartiennent à ces communautés qui représentant pourtant plus de 80% de la population de la province.

A la chute de l’apartheid, les boycotts disparaissent, et les marchés mondiaux s’ouvrent à nouveau. Cité par Le Figaro, Olivier Helanie, oenologue au domaine Hoopenburg, à Stellenbosch, explique que « les vrais changements en termes de production et de vinification n’ont pas plus de 20 ans ». Le nombre de domaine viticole est en effet passé de 150 il y a 10 ans à près de 550 aujourd’hui, permettant de fait une nouvelle diversification des cépages, une vraie révolution !  Le graphique ci-dessous démontre bien l’explosion viticole connue dans le pays depuis la chute de l’apartheid. La nouvelle génération de viticulteurs sud-africains, souvent formés à l’étranger, peut alors s’appuyer sur le climat très favorable de la magnifique région du Cap pour produire des « vins élégants qui expriment vraiment [un] terroir unique ».

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Sources : Wine of South Africa, SA Wine Industry Information and Systems ; Platter’s south Africa wine guide 2009 – J. Dellier, E. Rouvellac, S. Guyot, 2013

La richesse du domaine viticole sud-africain est ainsi également le fruit de la géographie et du climat local. Situés à l’extrémité sud du continent africain, les vignobles sud-africains sont exposés à une chaleur sèche associée à un ensoleillement important, coincés entre les reliefs montagneux de la région et les influences maritimes des côtes toutes proches des océans Atlantique et Indien. La douceur apportée par la proximité océanique explique que l’on trouve rarement des vignes à plus de 100 km des côtes. Comme l’explique le site South World Wines, « pour mieux comprendre la gamme des paysages et des [climats locaux] disponibles dans cette pointe sud de l’Afrique, il faudrait imaginer traverser, dans une journée de conduite, la Bourgogne, Bordeaux, la vallée du Rhône, la Toscane, le Coonawarra, la Napa Vallée et Carneros ».

Le changement climatique semble malheureusement apparaitre comme une nouvelle menace pesant sur la production viticole sud-africaine. En 2011, le colloque sur le réchauffement climatique et le vignoble organisé par la chaire Unesco Vin et Culture, à Dijon, concluait déjà qu’il était désormais impossible d’empêcher un réchauffement climatique d’au moins 1° d’ici à la fin du siècle, ce qui ne manquerait pas d’impacter profondément les productions viticoles du monde entier. Si l’irrigation était traditionnellement parfois déjà nécessaire contre la sécheresse, le changement climatique a donc poussé depuis une à deux décennie certains viticulteurs à expérimenter de nouvelles implantations : plus haut dans la montagne à proximité de vignobles déjà bien établis comme Stellenbosch, ou plus au sud encore dans les nouvelles régions viticoles d’Elim et Walker’s Bay. Les gigantesques incendies associés à des tempêtes d’une rare violence ayant ravagé la région cette année, conséquences du phénomène climatique « El Niño », démontrent cependant que tout reste encore à fait pour garantir la pérennité du climat ayant permis le succès du développement viticole du pays.

Une autre menace pèse également sur la production et le commerce du vin sud-africain, résultat de l’explosion commerciale du secteur permis par la mondialisation. Comme l’explique Julien Dellier, Eric Rouvellac et Sylvain Guyot dans la revue EchoGeo, « deux logiques semblent [aujourd’hui] coexister. La première est destinée à produire des vins de masse. Elle s’appuie sur l’utilisation d’un marketing « africanisé », falsifiant la réalité et instrumentalisant une relation factice au terroir. En fait d’africanisation, elle efface toute référence à l’histoire viticole sud-africaine tout en vidant de son sens le recours à des symboles culturels africains. La seconde logique repose sur une volonté de conquête de marchés tant locaux qu’internationaux par la mise en avant d’arguments éthiques et sociaux. Il s’agit à la fois de développer la consommation de vin de qualité au sein de la population noire et de s’assurer une présence sur des marchés hauts de gamme à l’export. » Ils dénoncent ainsi de « grosses structures visant les marchés à l’export [qui] ne se privent pas de puiser dans le folklore africain pour exploiter jusqu’au grotesque l’image de l’Afrique sauvage pour diffuser des vins bas de gamme. Cette nouvelle identité, lorsqu’elle est fortement affirmée, semble cependant plus être un trompe-l’œil marketing destiné aux marchés extérieurs que la résultante de nouvelles logiques de production. »

Et pourtant, le succès sud-africain semble faire des émules sur le continent ! Gabon, Ethiopie, Tanzanie, Zimbabwe, Kenya, sous l’influence de viticulteurs européens ou africains, de nouvelles productions voient le jour. Malgré des conditions climatiques parfois problématiques, de nouveaux entrepreneurs cherchent à s’implanter pour répondre à la demande d’une classe moyenne africaine grandissante, et à l’afflux d’expatriés provoqué par la croissance économique du continent. Et Dominique Auroy, ingénieur passionné de viticulture et désormais vigneron au Gabon d’expliquer au micro de RFI Afrique : « La vigne est une liane, et la liane est originaire d’Afrique. Donc nous ne faisons que réintroduire des cépages, après quelques millénaires ».

Sources :

http://southworldwines.com/afrique-du-sud/

http://avis-vin.lefigaro.fr/vins-du-monde/carnet-de-voyage/o112891-comprendre-les-vins-sud-africains

https://vinsdumonde.blog/vins-afrique-du-sud/

http://www.rfi.fr/afrique/20131022-vin-vigne-afrique-tanzanie-afrique-sud-gabon-cepage

https://chaireunesco-vinetculture.u-bourgogne.fr/ressources-chaire/annales/colloques.html

http://www.dico-du-vin.com/climat-changement-climatique-et-son-impact-sur-le-vignoble/

http://www.slate.fr/story/26143/afrique-du-sud-racontee-par-ses-vins

https://www.mon-viti.com/experts/developpement-durable-rse/sage-transformation-de-la-filiere-vin-en-afrique-du-sud

https://census2011.adrianfrith.com/place/1

Julien Dellier, Eric Rouvellac et Sylvain Guyot, « Le vignoble sud-africain dans l’ère post-apartheid, entre transformation et continuité », EchoGéo [En ligne], 23 | 2013, mis en ligne le 05 juin 2013, consulté le 01 septembre 2017. URL : http://echogeo.revues.org/13343 ; DOI : 10.4000/echogeo.13343

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